Générosité quand tu nous tiens

Publié le par cat'fil

Pour une fois n'est pas coutume, je relais un article trouvé par hasard
(mais en est-ce vraiment un ?), qui m'a beaucoup ému.
Cette fois-ci pas question de sortir sa CB, mais plutôt
ses restes de laines et ses aiguilles. A vous de jouer !
Bonne journée à tous
Cat'fil



Mardi 29 septembre 2009

Ensemble, c'est tout.





Cela fait environ deux mois que je veux poster ce billet.
Mais ça a été ... J'ose? J'ose pas. J'ose? J'ose pas.

J'ai beaucoup plus de facilité à donner qu'à demander. Je ne dis pas ça par prétention, c'est juste que c'est comme ça. Je n'ose jamais demander, par peur de déranger, peur d'avoir un refus peut-être ou tout simplement parce que je trouve que ça ne se fait pas.


Après  et grâce à des discussions avec amis et connaissances, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai décidé de m'y mettre.
J'ai quelque chose à vous demander.
D'important, voire de très important.

Je voudrais vous demander de m'aider, pour au final aider beaucoup de monde.
En fait, je voudrais vous demander d'entrer dans une petite ronde de solidarité, afin qu'elle devienne beaucoup plus grande.
Tout simplement.

Je m'en vais donc vous expliquer de quoi il s'agit.
Lorsque j'ai quitté mon village natal, il y a quatre ans et demi, pour faire 800 kilomètres et débarquer en pleine capitale, j'ai fait mille découvertes. Parfois heureuses, parfois atroces. C'est de l'une de ces dernières dont il s'agit ici.
Avant, je n'avais jamais vu de gens faire la manche.
Ni dormir dans la rue.
Ni lorgner sur un gâteau dans la main d'un enfant dans la rue.
Ni même sentir une odeur tout droit sortie d'une décharge.

J'en avais vu à la télé, mais jamais en vrai.
C'est ce qui m'a le plus choqué en arrivant à Paris.
Cela remonte à quatre ans passés ... et pourtant.
Pourtant je ne parviens toujours pas à m'y faire.
Chaque SDF me fait monter les larmes aux yeux, me retourne le ventre et me met en colère.
J'enrage de voir ça quotidiennement, sans rien y faire.

On dit que c'est ceux qui ont le moins qui donnent le plus. J'ai toujours vu ma mère confirmer cette phrase et sans le décider, je suis un peu pareil. Comme beaucoup d'entre vous, je pense.
J'ai souvent, lorsque j'habitais à Paris, partagé le reste de mes pièces de deuxième moitié du mois avec les deux SDF qui trainaient dans ma rue. J'ai parfois acheté un paquet de croquettes pour leurs chiens. L'an dernier, à Noël, je leur ai préparé des tartes et des salades, pour ne pas jeter les restes de mon frigo avant de partir chez ma mère. J'ai eu la trouille de leur amener, d'autant qu'ils étaient une petite dizaine ce jour-là. Ils ont d'abord été réticents, puis ça s'est détendu. Je ne suis pas restée longtemps, mais assez pour imaginer que c'était leur repas de Noël à eux, et qu'ils étaient probablement dans un moment heureux, à cet instant là. Moi aussi, par ailleurs. La première année, lorsque je vivais dans le 17ème, je m'arrêtais chaque matin sur les marches du métro, pour fumer une cigarette avec Yves, le SDF en poste à cet endroit. Nous nous entendions à merveille, on se piquait souvent des fous rire et lorsque j'ai déménagé dans un autre arrondissement, je n'oublierai jamais son visage triste. C'était vraiment devenu un "pote". Je l'ai revu une fois, en passant par là-bas, il m'a reconnue immédiatement et m'a raconté tout ce qu'il avait fait depuis le temps, et moi aussi. C'était un vrai bon moment.

Donner un sourire à ceux qui n'ont rien est déjà beaucoup, quand on ne peut pas faire plus.
On le dit souvent, mais ce n'est pas pour ça qu'on le fait. Il suffit d'observer les passants dans la rue pour s'en rendre compte.
Ces gens ne sont pas plus mauvais que ceux qu'on croise en costumes cravate ou les femmes en talons aiguille.
Ils ont juste un passé probablement difficile, une rupture familiale ou ont subi un licenciement, ou même encore vécu une histoire d'amour qui s'est mal terminée ... Des tas de raisons peuvent provoquer cette situation.
Quoi qu'il en soit, je ne crois pas que ces gens aient choisi de vivre dehors.

Je n'ai aucune idée de ce que fait le gouvernement pour eux, mais alors vraiment aucune.
A part que des bains douche existent pour leur permettre de se laver et que la police se déplace lorsque certains d'entre eux rendent mystérieusement l'âme dans le bois de Vincennes lorsqu'il fait moins 2 degrés en plein mois de décembre. Je n'en sais pas plus.
Je sais seulement que des associations et des organismes se démènent pour essayer de rendre leur existence un peu moins difficile, comme ils le peuvent.

Malgré ça, quand je passe, je les vois toujours misérables, je leur sens une toujours aussi mauvaise odeur, je vois leurs pieds gelés et brûlés dépasser des couvertures trouées et noircies qui leur servent d'abri face au froid et au reste du monde.
J'en vois certains devenir agressifs, d'autres parler tout seuls, et certains rester immobiles, les yeux dans le vide, comme s'ils attendaient. S'ils attendaient.
Je ne sais pas ce qu'ils attendent.
Ils sont complètement déconnectés du monde réel. Un jour, quelque chose les a propulsé sur le bitume. De fil en aiguille, ils n'ont plus fait partie de la vie des autres. Ils se sont renfermés dans un univers dont eux seuls connaissent les recoins et les pensées, et la rupture totale avec l'être humain et la vie active s'est faite.

Ils n'attendent plus rien, je crois. Alors certains se détruisent, avec l'alcool, les cigarettes, la drogue quand ils le peuvent, la violence, parfois. Ils n'ont plus rien à perdre. Ils essaient de supporter ce qui est sensé ressembler à un quotidien comme ils le peuvent.

Cette année, j'ai vécu une période relativement longue et douloureuse dont je commence à peine à réussir à parler. Je souhaite en parler maintenant, pour, peut-être, tirer une sonnette d'alarme, si j'y arrive. J'ai tellement été dans une situation précaire que j'ai bien failli aller les rejoindre.
Je n'ai plus eu de quoi m'acheter à manger tous les mois dés la fin de la première semaine, je n'ai plus pu payer mon loyer, je n'ai pas pu me faire soigner lorsque j'ai été malade, je n'ai pas pu respecter toutes mes obligations financières. Je n'ai plus allumé le chauffage, j'ai pu constater de ce qu'était le froid le soir, la nuit, malgré le confort d'un toit et de quatre murs.
Et pourtant, je travaillais. Chaque jour, même les fériés, chaque semaine, sans savoir ce que les 35 heures voulaient dire. Et pourtant.
La vie est devenue tellement chère, les aberrations sont présentes partout. Dans les loyers, les transports, les supermarchés, les salaires, les banques ... Malgré une bonne gestion du peu que je gagnais, j'ai fini par me retrouver à deux doigts d'être mise à la rue.
Dans cette situation, pendant tous ces mois, je n'en ai parlé à personne.
Par honte.
Honte de me démener au quotidien comme une dingue et finalement ne même pas réussir à manger autre chose qu'une baguette de pain et du beurre en trois jours, ou d'accumuler les mises en demeures et avertissements de centres de recouvrements. Sans compter la banque qui me chargeait de 24€ de frais à chaque opération de découvert supplémentaire. Je me suis retrouvée dans un gouffre sans fond.
Comment je pouvais dire à mes proches que j'étais dans une telle situation? D'abord, j'ai commencé par refuser systématiquement toutes les sorties à mes amis, puis les invitations chez eux, ne pouvant même pas y amener un paquet de chips, par politesse. Puis, par ne plus répondre au téléphone à mes amis et ma famille, pour que personne de ces gens qui me connaissent si bien ne découvre dans ma voix que quelque chose n'allait vraiment pas.  J'ai menti, beaucoup menti, pour qu'on ne soupçonne rien de ma situation. Une rupture s'est faite, au fur et à mesure. Je me suis de plus en plus isolée, sans le vouloir vraiment. C'était bien la première fois de ma vie.
Si j'avais du être à la rue, je ne sais pas si j'aurais osé appeler une amie pour qu'elle m'héberge. Tellement de honte de faire pitié aux gens qu'on aime. Ce sentiment s'empare de nous immédiatement, sans qu'on ne puisse contrôler quoi que ce soit.

Je suis loin d'être la seule, de ma génération, ou d'une autre, à avoir vécu ça en 2009, malheureusement.

C'est en vivant cette période que je ne regrette pas parce qu'elle m'a beaucoup appris, même si le souvenir en est encore douloureux, que j'ai ressenti un centième de ce que doivent ressentir ceux qui n'ont pas eu ma chance.
Parce que j'ai de la chance, d'avoir des grands-parents qui m'aiment énormément et qui m'ont demandé de dire ce qui n'allait pas. J'ai fini par me confier. Et ils m'ont aidée. J'ai d'abord refusé, mais ils ne m'ont pas laissé le choix. Je n'en finirai jamais de les remercier. Et ma mère, n'en parlons pas, c'est pareil. Une fois les choses dites, on peut avancer vers la solution.
J'ai fini par parler parce que ma famille me connait par coeur et ne m'a pas laissé d'autre choix que de m'en remettre à elle.
Voilà, moi j'ai la chance d'avoir une famille. Des amis, qui m'ont beaucoup aidée aussi, ne serait-ce que moralement, lorsque j'ai enfin osé parler, il y a quelques mois. Ce soutien, c'est déjà une remontée du gouffre, vraiment.

Mais eux, ces gens de dehors, n'ont certainement pas eu ma chance.
La chance que j'ai eu, j'ai envie de la leur donner à ma façon. Au moins un peu, autant que possible. Avec mes moyens et mes capacités.

Je sais bien que beaucoup de gens oeuvrent déjà pour cette cause, mais je pense qu'il n'y en aura jamais de trop.
Il y avait longtemps que j'avais envie de le faire.
Ce ne seront pas des repas gastronomiques pour les nourrir, ce ne seront pas des toits pour les abriter, ce ne seront pas des emplois à leur donner, mais ce sera pour les réchauffer.

Les réchauffer dans le froid d'hiver dont on se plaint dans nos maisons et qu'ils subissent en plein visage chaque jour et chaque nuit, et leur réchauffer le coeur, aussi.

Je voudrais vous proposer une opération qui s'intitulera "Remplissons le carton".
J'ai chez moi ce carton vide que vous pouvez voir en photo.
Le but de l'opération serait de le voir plein, ou débordant, au mois de novembre.
Plein de quoi me demanderez-vous?

Plein d'écharpes, de bonnets et de gants.



J'aimerais pouvoir, dés le mois de décembre ou avant, confier ce carton à une association et participer à la distribution de son contenu dans les rues de Paris. Pouvoir faire un sourire à la personne à qui je remettrai ce qui l'aidera, je l'espère, à mieux supporter l'hiver.

Je ne peux pas acheter d'écharpes, de bonnets et de gants, vu que ma situation financière ne me le permet pas. Alors j'ai commencé, cet été, à faire de la récupération de laine un peu partout où je pouvais, gratuitement. Et j'ai déjà tricoté quelques écharpes et bonnets. Je continue à le faire jusqu'à épuisement des stocks. On m'a également donné quelques trucs achetés en magasins, à ajouter à ce qui est déjà fait.

Alors, voilà ce que j'aimerais vous demander, si vous le voulez bien.
Beaucoup d'entre nous ont ou connaissent des grand-mères à la retraite, qui ont des pelotes de laine au fond d'un placard dont elles savent qu'elles n'en feront rien. Soit des fins de pelotes, soit des pelotes en trop sur un pull ou autre. Auriez-vous la gentillesse de leur proposer de tricoter un des trois accessoires dont j'ai parlé? Ou peut-être que vous tricotez aussi ou que vous avez envie d'apprendre, vous pourriez vous lancer.
Si ni elle ni vous ne pouvez le faire, j'accepte avec plaisir de recevoir par la Poste les pelotes que vous avez, je les tricoterai dès que je pourrai. Si vous pouvez en coudre en tissu, c'est également accepté volontiers.
Celles qui ne sont pas concernées par le tricot ou la couture, vous avez peut-être au fond de vos placards ces petites choses qui ne vous servent plus et qui pourraient servir à d'autres.
Ce serait tout simple, également, de regarder si il existe dans votre ville ou village, un club de tricot ou couture, d'imprimer ce billet et de le leur envoyer ou leur montrer, en leur proposant de participer au projet.



J'ai envie que ces femmes et ces hommes recoivent ces présents en ressentant que ça a été fait ou dégoté pour eux, pour qu'ils sentent nos pensées. Peut-être que je donne l'impression de vivre au pays des Bisounours, mais que voulez-vous, j'aime croire qu'on peut donner un instant de bonheur à autrui avec ce qui peut paraître pas grand chose pour certains, et énorme pour d'autres.

Dernière chose que j'aimerais vous demander, c'est d'avoir la gentillesse de mettre en lien sur vos blogs cette initiative pour la faire connaitre au plus de monde possible, en proposant de faire tourner sur d'autres blogs ou d'en parler autour de vous. Je vais notamment essayer d'en parler sur les communautés de tricot d'Overblog et d'aller rencontrer des gens en maisons de retraite pour demander leur participation à des personnes âgées, qui, je suis sûre, seront ravies de se lancer dans l'aventure.

Si certaines ont envie de faire la même chose pour leur région en particulier, je trouverais ça super. Il suffira d'indiquer l'adresse et la personne à contacter pour telle ville ou tel coin.

Je suis sûre qu'ensemble, on peut faire quelque chose de génial.
J'y tiens énormément.
Pardon d'avoir été aussi longue, mais comme toujours, j'ai besoin d'expliquer le pourquoi du comment, de me justifier d'avoir osé demander. Je vous donnerai évidemment des nouvelles du suivi.

Je vous remercie toutes et tous d'avance, vraiment.


PS : pour l'adresse où envoyer les choses, vous pouvez me contacter à changementdevie@hotmail.fr.

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laurco 27/10/2009 22:41


je l'ai vu aussi merci